La logistique 4.0 c'est par où ?

bridge with car light stribes at night

La direction que prend la logistique – ou, dans le cadre des solutions Transporeon, la Logistique 4.0, est une question qu'on peut aujourd'hui espérer prioritaire pour tous les chargeurs et les transporteurs. Les transporteurs semblent être quelque peu à la traîne sur l'analyse de ses opportunités et conséquences ainsi que sur sa mise en œuvre. Ce n'est pas étonnant et cela s'explique d'ailleurs par le fait qu'ils doivent suivre les décisions et demandes de leurs différents clients.

La question de l'avenir de la logistique aussi dépend donc bien sûr de ce que l'on entend par « Industrie 4.0 ». Dans ce billet, j'aimerais en passer brièvement en revue les éléments les plus importants.

L'industrie 4.0 représente une rupture significative dans l'intelligence artificielle (IA).

Pour la première fois, nous voyons des systèmes capables de naviguer de manière fiable dans des structures « de complexité humaine » – et ce désormais même au-delà des seuls laboratoires spécialisés.

On pensera par exemple à la Google Car, capable de se déplacer dans la circulation de Los Angeles, d'apprendre par soi-même et de prendre des décisions. Ou encore à Watson, le superordinateur d'IBM, qui a remporté l'émission Jeopardy en 2011. En parcourant toutes les bases de données disponibles sur Internet, il a pu accumuler un savoir immense. Ce faisant, il a dû gérer des informations floues ou contradictoires et des sources peu fiables, précisément comme les êtres humains dans leur vie quotidienne.

Autre changement tout aussi important, nous sommes aujourd'hui en mesure de développer des systèmes technologiques capables d'interagir entre eux : « Tout est connecté à tout, tout le monde, à tout moment et partout ». Cela permet l'émergence d'une intelligence collective. Ces systèmes peuvent échanger en temps réel les informations directes de leurs capteurs individuels. Autrement dit, ils ne transmettent pas que « le ciel est bleu », mais envoient les informations recueillies qui témoignent de la nuance exacte de bleu du ciel au temps t. Une forme unique d'intelligence collective globale mais néanmoins rapide en découle, qui n'est pas accessible aux êtres humains.

La 4ème révolution industrielle

Pour moi, c'est cette percée qui incarne la 4e révolution industrielle. Là où la machine à vapeur dans les années 1750 et la mise en place de vastes réseaux d'alimentation électrique ont représenté des « révolutions énergétiques », la généralisation des ordinateurs dans la production et l'administration à partir des années 1970 a représenté une révolution numérique qui a massivement augmenté l'intelligence des systèmes. Nous sommes aujourd'hui en plein cœur de la prochaine révolution numérique. Nous assistons à l'émergence de réseaux mondiaux d'information. Et nous voyons des systèmes auto-adaptifs, autonomes, qui ne sont plus simplement à l'image de leur créateur mais s'en détachent et sont capables d'apprendre, comme la Google Car.

Qu'est-ce que cela signifie pour la logistique ? Ce changement ne produit certainement pas ses effets à la même vitesse dans tous les secteurs. Dans le cadre d'un projet de recherche sur l'avenir de la logistique avec Transporeon, nous avons demandé à des acteurs du secteur où se situait le potentiel d'optimisation principal pour leurs processus. Ils voient à court terme l'avenir de la logistique 4.0 dans l'exploitation du big data pour optimiser les processus métier et créer de nouveaux modèles. Pour le moyen terme, ils évoquent les systèmes autonomes – l'évolution serait portée avant tout par les camions, trains et bateaux autonomes et cargaisons intelligentes.

De la Big Data à la Smart Data : rendre les données accessibles aux systèmes non-humains

Regardons les conditions relatives au big data dans le contexte de la logistique 4.0. Des données sont déjà largement disponibles par l'utilisation d'appareils mobiles, ou peuvent être générées sans difficulté. Il ne reste donc plus qu'à les combiner dans le cloud. Mais ça n'avance pas encore à grand-chose. Il faut aller plus loin : dans un second temps, les données doivent être rendues disponibles, y compris pour des systèmes non humains (en gestion dite omnicanale). Il doit donc y avoir un grand nombre d'interfaces. Mais cela accroît la complexité des données. Il faut s'assurer que les droits, notamment d'accès, soient identifiés et accordés de manière ciblée. Ce qui soulève plusieurs questions : où va-t-on trouver les ressources informatiques pour ce faire ? Qui administre la plateforme ? Sans compter que les données doivent être maintenues, structurées, analysées et enfin interprétées. Le big data doit, face à de tels volumes, devenir du smart data.

L'effet sur la société

Les révolutions industrielles font toujours évoluer la société également. Mais dès lors, comment comprenons-nous ces nouveaux systèmes qui émergent ? Comment les contrôlons-nous ? Qui les gère ? Ici, certains sous-secteurs offrent peut-être de nouvelles opportunités pour les prestataires de services logistiques classiques ou pour l'informatique. Des petits nouveaux comme Google peuvent s'engouffrer dans la brèche.

Il n'y aura probablement pas de système en cloud unique et universel piloté depuis un seul point central. Personnellement, je pense que nous allons voir se créer de multiples systèmes multi-agents remplissant chacun leurs tâches de manière autonome sans avoir accès au projet complet, comme des fourmis dans leur fourmilière. L’Université d'Aix-la-Chapelle, dans un projet de 2005 à 2009, a créé un système multi-agents semblable avec le premier convoi de camions partiellement autonome. Les agents peuvent également révolutionner la production. Ainsi, une chaussure équipée d'un agent serait capable de communiquer en permanence avec les stations pertinentes de la Supply Chain. Elles peuvent s'organiser ensemble et prendre des décisions.

Des réseaux de transport pourraient être gérés de la même manière. Dans un réseau synchromodal, c'est le système qui détermine les modes de transport par exemple, en fonction de ses instructions. Mais celles-ci doivent être définies en fonction de critères éthiques et moraux spécifiques. Ce qui signifie que la société doit se saisir de ces questions, et leur apporter une réponse commune.

La "Logistics as a Service" est attendue

Le big data et la révolution numérique mènent bien entendu aussi à l'innovation des services. L'utilisateur éclairé devient lui-même un expert et gagne en pouvoir. Aujourd'hui, nous reproduisons notre comportement de client privé jusque dans la vie professionnelle. Les « digital natives » en particulier attendent aujourd'hui la « logistics as a service ». Le SaaS a été à l'origine développé pour les petites entreprises qui ne voulaient pas développer de systèmes informatiques complexes en interne. Le modèle est le suivant : le client ne veut rien savoir de la complexité des processus, mais attend du système une extrême souplesse, la possibilité d'agir dessus sans préavis, par exemple pour changer le trajet d'un colis. Les prestataires ont déjà répondu à cette attente.  Par exemple DHL avec sa livraison directement dans le coffre de la voiture, ou Amazon qui réfléchit à une livraison préventive.

Autres tendances

J'aimerais encore évoquer les autres tendances que j'attends à horizon dix ans.

À l'avenir, la séparation traditionnelle entre production et logistique disparaîtra au profit d'une chaîne intelligente unique. Plus la supply chain est transparente, plus on peut l'optimiser. Et les systèmes autonomes vont bien entendu faire leur apparition, sur les routes comme dans la logistique interne.

En 2030, 70 % de l'humanité vivra dans des mégapoles de plus de 10 millions d'habitants. On y construit en hauteur, mais les surfaces horizontales restent identiques. On va donc devoir utiliser cette troisième dimension, verticale, pour la logistique. Les débats autour de l'utilisation des drones ont donc bien une raison d'être. Autre modèle possible, l'approvisionnement sous la surface : il existe déjà un projet suisse, le Cargo Sous Terrain.

Enfin, il y aura de nouvelles formes de fabrication. Pourquoi ne pas fabriquer là où l'on utilise ? UPS emploie d'ores et déjà l'impression 3D pour ses produits en métal dans le port de Rotterdam.

En résumé

Nous sommes déjà en plein cœur de la 4e révolution industrielle. Elle est portée avant tout par l'intelligence artificielle, le big data, la conduite autonome. Et elle sera une révolution verte. Il est intéressant de noter que les révolutions industrielle et écologique se soutiennent mutuellement : un algorithme de big data se moque bien de savoir si un paramètre d'optimisation se trouve être une variable économique ou écologique. Il optimise selon les instructions reçues. Les systèmes autonomes ont de plus une capacité intrinsèque à l'économie de ressources, visible par exemple si l'on compare le bilan énergétique d'un camion autonome à celui d'un camion conduit manuellement. Le 4.0 a ainsi encore un potentiel inexploité : non seulement façonner une nouvelle ère technologique, mais apporter sa pierre à l'édifice d'une révolution verte.

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